Kafka métamorphosé

Photo © Franck Beloncle

Photo © Franck Beloncle

Sylvain Maurice nous propose une adaptation de La Métamorphose de Franz Kafka, au Théâtre National de Strasbourg. Le metteur en scène nous le dit lui-même, il s’agit d’une pièce « très librement » inspirée de la nouvelle éponyme. L’histoire de Gregor Samsa devient alors plus sombre et plus effrayante que celle rédigée par l’écrivain du XXème siècle : « … Je veux accorder une part égale à l’humour et à l’angoisse. C’est ce mélange qui m’intéresse et que je souhaite fortement accentuer par rapport au texte original. »

Des silhouettes fantomatiques errent sur scène tandis que nos yeux tentent de s’adapter à l’obscurité. Des bruits de mandibules rythment le jeu des acteurs à nous en faire frissonner de dégout, une tête tranchée apparaît joyeusement dans une boite cadeau,… Le tout ponctué de cris stridents et de crises familiales. L’ensemble crée une atmosphère étrangement oppressante.

La tournette et les panneaux coulissants présents sur scène chamboulent le spectateur aussi bien que les comédiens, et entrainent les personnages dans un labyrinthe mortel.

Cette pièce adopte un nouveau point de vue sur la figure du monstre, incarnée par Gregor. Le spectateur se retrouve dans la peau de cet être métamorphosé et, pourtant, à l’apparence humaine.

Les créations vidéo de Renaud Rubiano nous permettent de voir à travers les yeux de Gregor : elles nous montrent ce qu’il voit de son placard à chaque fois qu’un autre personnage y entre. Par ce biais, le metteur en scène souligne habilement la lente métamorphose des Samsa, déchirés entre leur cupidité et leur peur de l’inconnu.

Métamorphose fait de la nouvelle de Kafka un rêve cauchemardesque cadencé par le Strangers in the night de Frank Sinatra, et les créations sonores entrainantes de François Leymarie. Le texte devient alors superflu, si ce n’est pour renforcer la noirceur de cette histoire avec une pointe d’humour sanglant.

Sylvain Maurice métamorphose l’image kafkaïenne de Gregor. Il nous transporte dans son univers, et la question – Qui est vraiment le monstre ? nous hante encore au sortir du spectacle.

Publié dans le magazine Transversalles et sur mastercritiqueessais.blogspot.fr

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